Bilan de l'agriculture lotoise par Virginie Castagnol

LES EXPLOITATIONS AGRICOLES


La France compte 515 000 exploitations agricoles, leur nombre a été divisé par deux en 20 ans.

Le volume global de production s‘est maintenu et la production brute standard qui le mesure se concentre à plus de 97 %dans les moyennes et grandes exploitations.

L’agrandissement de ces exploitations s’accompagne d’une concentration de plus en plus forte des productions en général.

Les progressions les plus fortes s’observent pour les élevages bovins viande et ovins.

La quasi-totalité des vaches laitières, des porcs et des volailles sont dans les moyennes et grandes exploitations.

Les grandes exploitations assurent 80 % de la production et les très grandes produisent 45 %.

La surface agricole utilisée (SAU) augmente fortement pour les grandes exploitations (surface moyenne supérieure à 100 hectares).

Les petites exploitations n’utilisent que 7 % de la SAU (surface moyenne égale à 11 hectares).


LE REVENU AGRICOLE BAISSE ENCORE


Le bilan économique 2014 de la région Midi-Pyrénées pour les secteurs agricoles et agro-alimentaires montre une baisse des revenus quasi générale.


EVOLUTION DU REVENU AGRICOLE PAR CATEGORIE D’EXPLOITATIONS EN MIDI-PYRENEES


en milliers d'euros moyenne 2011-2013
moyenne 2012-2014
Arboriculture 38.2

35.2

Viticulture 24.7

31.2

Bovins lait 19.2

20.4

Ovins, caprins 17.8

16.2

Bovins viande 14.8

15.2

Grandes cultures 23.6

13.2

Polyculture, polyélevage 19.0

12.8

Ensemble 21.4

17.8


A travers ce tableau, on remarque que seule la viticulture tire son épingle du jeu.

Ceci est essentiellement du au développement du vin biologique contrairement au vignoble traditionnel qui a perdu 150 000 hectares en deux recensements.

En effet, le consommateur de vin biologique (les particuliers) accepte un prix moyen plus élevé de 1,80 euro par bouteille en échange d’un produit préservant l’environnement, la qualité et la sécurité alimentaires.

Malgré son prix, la consommation de vin bio concerne toutes les catégories socio-professionnelles.

L’augmentation des revenus de cette filière s’explique également par les circuits de distribution :

38 % des acheteurs de vin bio préfèrent la vente directe par des magasins spécialisés,

19 % des vins bio sont commercialisés par la grande distribution.

Et ceci malgré une baisse de la production.

La viticulture bio est un secteur pourvoyeur de main d’œuvre avec 3,5 emplois par exploitation contre 1,8 dans le reste du vignoble traditionnel.

Ce tableau démontre la baisse significative des revenus de toutes les autres filières (même ceux du lait car 2014 était une année très particulière) ou presque car il devient difficile d’obtenir des chiffres sur les filières porcines ou de volailles au niveau régional.

Cette absence de données est sans doute la résultante d’une politique agricole se dirigeant vers les grandes voire les très grandes exploitations d’élevage qui soumettent les exploitants à des niveaux d’endettements structurels et d’achat de matières premières toujours plus problématiques combinés à des cours de la viande pratiquement inchangés depuis 1996.


Bovins en euros par kg vif                  1996 : 1,41      2012 : 1,87

Porcs en euros par kg carcasse         1997 : 1,75      2014 : 1,59

Ovins en euros par kg carcasse         1996 : 3,47      2014 : 6,19


Nombre d’exploitations en baisse constante pour une production égale voire supérieure dans tous les secteurs agricoles.

En Midi-Pyrénées, le résultat courant avant impôt (RCAI) des agriculteurs diminue depuis plusieurs années de façon constante.

Il n’est plus que de 17 800 euros en moyenne par actif non salarié.

Il reste très inférieur à celui de la France métropolitaine soit 28700 euros.

Cela reste un revenu moyen régional qu’il faudrait encore affiné par département.

 


LES POLITIQUES AGRICOLES

 

Certes l’embargo russe a fragilisé économiquement les secteurs agricoles mais la baisse des revenus est présente depuis de nombreuses années.

Analyser cette baisse par le seul truchement de cet embargo se révèle dangereux à bien des égards.

Il est nécessaire de s’intéresser aux politiques agricoles menées dans notre pays et surtout sur le plan européen.

Par l’intermédiaire de la PAC, l’UE privilégie et finance les grandes structures au détriment des exploitations à taille humaine, en poursuivant une politique quantitative des productions plutôt que qualitative. Il suffit de regarder les aides à l’agriculture bio pour s’en convaincre.

Le point d’orgue sera la ratification du TAFTA qui sonnera le glas de la PAC et la mort d’un grand nombre d’exploitations de notre pays.

En effet, nous assisterons à l’amplification des phénomènes déjà présents ( élevages industriels, massification des cultures, etc…) qui montrent leurs limites aujourd’hui (surendettement, chute des cours dus à une surproduction, etc…).

 

Par sa politique de volume, l’élevage français semble être uniquement destiné à l’industrie agro-alimentaire qui ne cesse d’imposer aux éleveurs ses prix.

Ces mêmes prix sont tirés à la baisse puisque le pouvoir d’achat ne cesse de régresser et la précarité s’installe partout y compris dans nos campagnes.

L’augmentation des bénéficiaires des minima sociaux en Midi-Pyrénées est en progression de 15 %

 

Quelque soit la filière observée, il y a un paradoxe entre les politiques européennes, nationales et régionales engagées et les besoins et attentes du monde agricole et des consommateurs.

 

 

 

 LA CRISE LOTOISE EST A L'IMAGE DE LA CRISE FRANCAISE

 

Nous subissons tous cette politique qui ne satisfait personne, ni les agriculteurs qui n’arrivent plus à vivre correctement de leur travail ni les citoyens qui voient leur alimentation et leur environnement se dégrader.

Il est nécessaire voire urgent de changer nos habitudes.

Les agriculteurs doivent revenir à des exploitations à taille humaine et produire pour les marchés locaux surtout dans un département comme le Lot .

Les consommateurs doivent prendre le pouvoir sur la grande distribution et faire le choix de la qualité, de préférer les circuits directs pour les produits de proximité.

Il est temps que les pouvoirs publics prennent en considération les attentes réelles de la population.

 

La revitalisation des zones rurales comme le département du Lot passe par :

 

  • une agriculture biologique de premier plan pourvoyeuse d’ emplois

  • la préservation de ces paysages pour le tourisme

  • la revitalisation des villages par des actifs : main d’œuvre agricole, exploitants agricoles, création de commerces par circuits courts.

 

 

Il est de notre responsabilité, à nous citoyens et consommateurs, d’assurer la sauvegarde et la vitalité de notre agriculture en consommant des produits de meilleure qualité et de proximité et d’imposer ainsi nos choix alimentaires et de vie aux distributeurs et aux pouvoirs publics.

Il est nécessaire aujourd’hui de mener une réflexion sur notre façon de consommer en général.

 

 

 VIRGINIE CASTAGNOL

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